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Dépoussiérer les musées en laissant les jeunes décider

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La ministre de la Culture a signé un arrêté pour le lancement d’un conseil des jeunes dans quinze établissements culturels ce 3 décembre. Tentative pour impliquer ce public autrement qu’en tant que visiteurs, le procédé semble limité. Entre politiques d’accès, participation consultative et freins structurels, l’enjeu demeure le même : attirer les jeunes dans les musées. 

« Lever les barrières culturelles qui peuvent éloigner les jeunes d'une culture patrimoniale », c’est le nouveau mantra de Rachida Dati. Proposé le 6 juin dernier, la ministre de la Culture a dégainé son dernier gadget participatif : un ‘conseil des jeunes’ parachuté dans quinze établissements culturels publics. S’y retrouvent seulement quatre musées : le musée du Louvre, le musée d'Orsay, le musée du Quai Branly-Jacques Chirac et le Mucem. 

 

Ce 3 décembre, un décret au Journal officiel officialise l’opération. Des ados de 13 à 17 ans sont conviés à souffler « des solutions innovantes de programmation, de communication ou de médiation ». Un brainstorming pour dépoussiérer l’entre-soi des musées, mais sans pouvoir décisionnaire.

 

Au Mucem, les ados font tapisserie

À Marseille, dans les couloirs du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, beaucoup de jeunes défilent. Des cohortes de collégiens et lycéens, guidés vers une expo Don Quichotte qu’ils n’ont pas choisie. Pour beaucoup, le musée n’est pas un repère familier, mais un décor de sortie scolaire.

 

Sculpture d'un âne géant sur un tas de livre

Scupture géante dans l’exposition Don Quichotte du Mucem ©T.V

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Scupture géante dans l’exposition Don Quichotte du Mucem ©T.V

Les musées sont-ils adaptés aux jeunes ? Gabin, élève de première au lycée Beaussier de la Seyne sur mer, souffle : « Ce sont des explications pas assez pédagogiques. » Lucie, elle, ne tourne pas autour du pot : le musée, « c’est pas très populaire ». Si elle rêve d’une exposition sur la mode, Don Quichotte lui balance à la figure un âne de deux mètres juché sur un tas de livres.

 

Spectaculaire, certes, mais pas vraiment son univers. Lilou, 16 ans, regrette que les musées ne ciblent pas des « thèmes qui touchent les jeunes » et où le trop-plein de texte vient dégouter la visite.

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Rebuté par des explications textuelles à rallonge, des jeunes en sortie scolaire au Mucem n’ont que partiellement apprécié l’exposition Don Quichotte. ©L.B

Le cabinet de Rachida Dati indique espérer que « l'initiative se répande ». Chaque établissement ayant la charge de la mise en œuvre du dispositif. Elle souhaite que ces musées adoptent « une politique des publics plus horizontale et plus participative. »

 

Entrée gratuite, mais interdit de toucher !

Il semble que l’idée d’instituer des conseils de jeunes dans plusieurs musées de France tentent de bousculer la politique actuelle des musées vis-à-vis des jeunes et de renouveler le public. Gabin, 16 ans, l’indique :  « Il y a beaucoup de personnes âgées, c’est imaginé pour eux. » La tradition française est plutôt d’intégrer les jeunes une fois seulement que les expositions et la médiation ont été pensées. 

Personnes âgées dans le MUCEM

Un groupe de personnes âgées dans le Mucem ©L.B

La politique culturelle marseillaise illustre cela. L’adjoint à la culture Jean-Marc Coppola défend son bilan des 5 dernières années à la mairie : « Nous avons décidé la gratuité des musées, en tout cas pour les expositions permanentes. Quel que soit l'âge. 

« Il y a beaucoup de personnes âgées, c’est imaginé pour eux. »

Les expositions temporaires sont payantes avec un tarif dégressif, surtout pour les jeunes. » Baisser les prix voire rendre le musée gratuit pour attirer les jeunes donc. 

 

« J’ai aussi eu une volonté d'amener des bébés de crèche dans les musées. Si vous ne les habituez pas déjà à cet environnement, à 15 ans, 20 ans, 25 ans, ils n'iront pas », conclut-il. Ainsi, le principal levier utilisé par la politique française des musées est celui qui lève les barrières à l’entrée pour les jeunes. Réduire les prix, favoriser les sorties scolaires  ou encore communiquer sur les expositions dans les musées sont autant de moyens qui répondent à cette levée de la barrière.

Graphique sur le mucem

Ces politiques ont pour effet concret d’augmenter la fréquentation des jeunes dans les musées. Toutefois, quand on regarde les chiffres de plus près, la très large majorité de ces jeunes se rendent au musée dans le cadre de sorties scolaires. Devant le Mucem, les lycéens en sortie scolaire avouent à demi-mots qu’ils ne seraient pas venus dans un autre contexte. Par ailleurs, la plupart des jeunes restant vont au musée en famille. Les jeunes qui vont au musée d’eux-mêmes constituent donc une très faible minorité. 

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Une alternative à l’inclusion des jeunes : la participation

Les jeunes ne vont pas au musée d’eux-mêmes, alors il faut les inclure au processus de programmation et de médiation des musées. Les chercheuses Chantal Dahan et Noëlle Timbart questionnent le rôle des adolescents dans les musées. 

 

Elles distinguent quatre niveaux d’implication des jeunes : visiteurs, créateurs d’expositions, médiateurs et groupes consultatifs. Les autrices montrent qu’en France, les jeunes dans les musées ont principalement un rôle de visiteur. 

 

Pourtant, ils peuvent agir à la fois sur la programmation, c’est-à-dire le fait d’eux-mêmes penser les expositions, mais aussi sur la médiation : la manière dont est pensée l’exposition et donc la manière de faire passer le message.    

 

Laisser les jeunes s’approprier le musée

Le projet de conseil des jeunes s’appuie d’ailleurs sur les politiques muséales anglo-saxonnes. Timbart et Dahan prennent l’exemple d’un projet de 1969 à l’Exploratorium de San Francisco. Les jeunes sont formés en tant que guides et aident les visiteurs à appréhender le musée. La participation active des jeunes leur apprend a contrario à aimer le musée. Par la suite d’autres initiatives n’hésitent pas à intégrer toujours plus les jeunes dans les projets des musées. 

 

Mais celles-ci viennent pour le moment des musées eux-mêmes, individuellement. Au Mucem, l’exposition permanente “Populaire ?” choisit de mettre en avant des centres d’intérêt qui plaisent aux plus jeunes. Les allées sont jonchées de rideaux de fer tagués, de références hip-hop, d’habits streetwear… Se glissent des petits commentaires pour nous faire sourire. Élément anecdotique, des références à la pop culture ou au jeu-vidéo, laissées dans les commentaires d’élèves participant à un atelier d’écriture organisé par le musée.

Coffre dans l'expo Populaire ? du Mucem

Commentaire d’une œuvre par un collégien en référence à Minecraft dans l'exposition “Populaire ?” ©T.V

Concernant le décret du ministère de la culture, il faut tout de même relativiser l’influence de ces conseils. Seulement quatre musées sont concernés et les jeunes qui siègeront dans ce futur conseil n’auront a priori qu’un rôle consultatif, sans pouvoir décisionnaire. 

 

Le traditionnel âgisme, c’est-à-dire la discrimination par l’âge, vis-à-vis des jeunes dans les musées ne risque donc pas d’être grandement bousculé. La jeunesse peut donc toujours toucher avec les yeux mais pas encore. 

Léo Braillon & Thomas Vandamme