• Analyse

Gossip Girl : une indémodable madeleine de Proust

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Horriblement addictive et étonnamment intemporelle, la série phare des années 2000 ne vieillit pas. 17 ans après la sortie du grand final, elle reste notre ticket retour vers l’adolescence, une parenthèse aussi nostalgique que réconfortante, un plaisir coupable dont on ne se lasse pas. 

« Hey Upper East Siders, gossip girl here », en une seule phrase, une génération entière replonge dans ses années collège, au cœur d’un univers baigné de paillettes, de champagne et de coups montés. Gossip Girl, un monde où les ados mènent des vies d’adultes, où les adultes se comportent comme des ados, et où vivre dans un loft branché à Brooklyn est synonyme de misère sociale. 

 

Dans un lycée privée des quartiers huppés de New-York, des jeunes privilégiés voient leurs secrets les plus intimes révélés au grand jour par une mystérieuse blogueuse anonyme. Au fil des saisons, la bande d’amis grandit, traversée par les drames et les romances tumultueuses, sur fond de glamour et de luxe. 


 

Une série au parfum réconfortant des années 2000


 

La recette de cette série devenue phénomène culturel est simple : des personnages attachants et le confort paradoxal d’une série pleine de rebondissements dont on connaît le dénouement. 

 

C’est avec le même agacement que l’on regarde Dan, le jeune écrivain torturé en mal de reconnaissance faire la critique d’un monde qu’il envie, avec la même impression de déchirement que l’on assiste aux ruptures incessantes de Blair et Chuck et plus largement avec la même fascination que l’on s’immisce dans la vie palpitante de cette élite new-yorkaise. La série a un goût de déjà vu (certainement raisonnable après l’avoir regardé 7 fois), qui offre le confort d’en connaitre la fin. 

 

Le point fort de cette saga se trouve d’ailleurs dans sa forme pendulaire, qui retrace, pour chaque saison, une année scolaire de septembre à août. À l’approche de l’automne, l’envie de lancer l’épisode 9 de la saison 1 et de revoir Blair Waldorf nourrir les canards sous les feuilles orangées des arbres de Central Park se fait irrépressible. 

 

L’hiver installé, on se régale devant les scènes de Noël où les repas de famille virent au fiasco sur fond de gratte-ciels enneigés. Une série au gré de l’année, qui, avec ses 24 épisodes par saison, ne nous laisse pas sur notre faim. L’émission offre un format à contre pieds des succès actuels des plateformes de streaming qui, avec leur 8 épisodes, laissent percer une certaine frustration.


 

Une esthétique emblématique et intemporelle 

 

Pour la modique somme de 99$ à New-York, vous pouvez voir l’Empire Hotel qui fait la fortune de Chuck, les marches du MET Museum où Blair et Serena déjeunaient, ou encore le Palace où vivaient Séréna et sa mère. Ce Gossip Girl Tour, ou attrape touriste organisé, rend compte du poids des décors dans la série. Gossip Girl, c’est aussi une liste de lieux mythiques, qui donne des envies de New-York. 

 

L’esthétique phare de la série ne s’arrête pas là, le style vestimentaire signature des personnages transcende les époques. Blair, avec ses serre-têtes, et ses sacs Chanel devient l’incarnation du style preppy, quand Serena dans son uniforme décontracté, avec sa cravate négligemment nouée est une icône de nonchalance et d’élégance naturelle. 

 

Enfin, dans Gossip Girl, la musique vicie les mœurs, comme dans l’épisode 11 de la troisième saison, dans lequel Whatcha Say de Jason Derulo résonne alors que le dîner de Thanksgiving tourne au vinaigre. Le succès de cette émission tient, certes dans une célébration de la dépravation de la jeunesse américaine, mais le tout, sur une bande-son iconique. 

 

Entre soirées mondaines aux invités triés sur le volet et mépris décomplexé de ceux qui ne partagent pas leur milieu, la série est le reflet d’une société obsédée par le statut. Gossip Girl dresse le tableau d’un monde aussi fantasmé qu’inaccessible, et nous renvoie à une époque où rêver d’en faire un jour partie était encore possible. 


 Théa ACHTERFELD