Omzo Minen Tey, le combat par les mots
Une foule compacte attend quatre heures durant le rétablissement d’une panne d’électricité pour voir le concert d’Omzo, sans se démobiliser, pour finalement enflammer la piste de l’Institut français de Mauritanie à partir d’une heure du matin… Cette anecdote illustre l’amour du public mauritanien pour ce rappeur aujourd’hui culte. “Un pilier” pour de nombreux jeunes rappeurs de Nouakchott, qui lui témoignent un grand respect.
Il faut dire que l’histoire d’Omzo est indissociable de celle de l’essor du rap mauritanien. Nous le retrouvons dans un studio d’enregistrement tenu par un jeune label indépendant. Il vient y donner une formation à cette génération de jeunes rappeurs qu’il a tant impactée. “Mon mentor travaillait avec les jeunes avec des parcours difficiles. J’ai compris que lui, il a choisi de faire de l’énergie négative des jeunes, une énergie positive.” Aujourd'hui c’est lui qui reprend le flambeau de cette transmission.
S'il s'investit auprès de la jeunesse mauritanienne lorsqu’il revient au pays, la vie d’Omzo est aujourd’hui ailleurs. Habitant du 14ᵉ arrondissement de Paris, c’est depuis l’étranger qu’il produit et diffuse sa musique. Pour Omzo, pas question de s’auto-censurer : “Le hip-hop est anti-conformiste. On ne peut pas dire à un rappeur ce qu’il doit dire.” Mais en Mauritanie, il est difficile de porter une voix résolument critique du pouvoir. Omzo témoigne de l’époque où il rappait encore en Mauritanie, au sein de son groupe “Minen Teye” dont il se revendique toujours : “La police est déjà venue dans notre studio et a embarqué tout notre matériel. Il fallait que je m’éloigne… Je me disais que si je ne partais pas, il pouvait m’arriver des choses.”
Parti pour pouvoir exercer librement son art, Omzo n’en reste pas moins profondément connecté à la Mauritanie. “Toutes mes chansons parlent de la politique ou de la vie sociale. Je m’inspire du quotidien en Mauritanie, de l’actualité. Je me considère la voix des sans-voix.” Il continue d’ailleurs de rapper en peul, sa langue natale, ce qui lui donne une audience dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. “Avec l’arrivée d’Internet, nous vivons dans un village planétaire, donc c’est très facile de continuer à diffuser mon message”.
Dénoncer la réalité de la migration
La migration est une thématique centrale dans la musique d’Omzo. “Il faut décomplexer les jeunes sur l’Europe”, explique le rappeur. Sa vie à l’étranger lui donne une connaissance fine de la réalité des jeunes venus en Europe en quête de mieux, que de celle de la jeunesse restée au pays. “Un enfant mauritanien, lorsqu’il allume la télévision française, voit la France bourgeoise, Paris la ville des lumières (…) mais il faut aussi montrer la réalité des migrants à Châtelet qui dorment dans la rue”.