Chaque année, plus de trois millions de visiteurs parcourent les sentiers et les plages du Parc national des Calanques. Une surfréquentation qui heurte les écosystèmes, mais aussi les habitants.
Ce mardi, le port de Callelongue est paisible. Toutes les vingt minutes, un bus apporte quelques motivés qui partent en randonnée. Difficile d’imaginer que l’été et le week-end, ce lieu est pris d’assaut. « Au retour de mes randonnées, je croise ceux qui arrivent. L’été, c’est la file indienne », décrit Jacky, septuagénaire au regard rieur, qui vient randonner « dès le lever du soleil pour éviter les foules ».
Le Parc national des Calanques est le plus petit de France, mais aussi le plus visité. En période estivale, il peut y avoir entre 1 000 et 3 000 personnes sur certains sites. Le conseil scientifique du parc estime qu’il ne faudrait pas dépasser quelques centaines. Pour gérer la fréquentation, l’institution créée en 2012 a mis en place plusieurs mesures : sentiers aménagés, véhicules repoussés, gardes sur le terrain, amendes de 135 € ou encore quotas sont censés protéger les lieux. Efficace ?
Jacky trouve que depuis le réaménagement du parc, celui-ci est « plutôt propre, même s’il y a toujours des cigarettes ». Jean, sexagénaire natif de Callelongue, n’est pas du même avis. Lui qui a commencé sa vie dans « ce quartier qui était tranquille » est maintenant dérangé par les déchets et les nuisances sonores. « On voit surtout des bouteilles de vodka, de whisky, de coca, de gaz, des emballages de McDo », déplore l’homme assis à sa terrasse, face au port. Des avis tranchés, mais ce qui est sûr, c’est que la dernière collecte de déchets le 12 avril 2026 a permis de ramasser 276kg de déchets rien que sur le parking de Callelongue.
Cela va de pair avec une fréquentation croissante de touristes, mais aussi de Marseillais. « La nuit, il y a les rodéos urbains, les feux d’artifice, les raves en haut des rochers. Et ça c’est pas les touristes, ce sont les autochtones, beaucoup viennent de la Madrague » déplore celui que l’on surnomme Jeannot. Cela questionne le choix du Parc national des Calanques de ne pas mettre de poubelles pour que chacun ramène ses déchets.
Une décision qui semble convenir aux promeneurs, mais pas aux visites nocturnes. Jacky trouve que « les indications pour les poubelles sont écrites trop petites » et que le parc « devrait distribuer des sacs à l’entrée ». Avec des publics si différents, réussir à sensibiliser n’est pas chose aisée.
« Fliquer les adultes et sensibiliser les enfants »
« Les règles c’est bien, mais il faudrait les mettre en application. Le parc ne bouge pas, on ne voit personne », déplore Jeannot. Lui et son ami Roger aimeraient voir le peu de gardiens présents « aller mettre des amendes aux touristes plutôt qu’aux habitants qui font des barbecues ». Ce qui pêche, selon eux, c’est le fait que le parc soit une institution nationale. Pour que les choses changent, ils espèrent une organisation régionale mieux implantée dans la réalité de leur quartier. Eric Akopian, cofondateur de l’association Clean My Calanques, estime qu’il est nécessaire de continuer à réglementer pour protéger le site. Le risque est l’érosion des roches ainsi que la détérioration de la faune et la de flore « à cause de ceux qui ne prennent pas les chemins, des Marseillais qui font de la moto cross, de la crème solaire ou même des ancres des bateaux ».
«Les pancartes, ça ne sert à rien, les gens laissent leurs sacs-poubelles en dessous.»
Il se désespère : « Les pancartes, ça ne sert à rien, les gens laissent leurs sacs-poubelles en dessous. Malheureusement, ce qui marche ce sont les amendes, il faut fliquer les adultes et sensibiliser les enfants. » Avec son association, il va dans les écoles, installe des stands dans les festivals, relaie les
informations dont le Parc national des Calanques ne veut pas parler lui-même. Mais il essaye surtout d’aller « vers les gens qui s’en foutent, car c’est eux qu’il faut toucher ». Pour cela, il « chauffe des supporters de l’OM à faire des ramassages » ou installe des tas de déchets aux milieux de festivals pour obliger les passants à se questionner.
L’association MerTerre, qui travaille sur le Plan de Lutte Contre les Déchets Abandonnés (PLDA) du Parc veut apporter une autre dimension à la prévention en réalisant une étude sociologique. « Il faut vraiment travailler sur les comportements humains pour comprendre pourquoi les gens laissent leurs déchets », explique Lucie Slypen, responsable de la communication de l’association. Une chose est sûre, Jeannot et Roger devront prendre leur mal en patience avant de retrouver le paisible port de leur enfance.
Johanne Prats