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Marseille - Miami : des jumelles menacées par la montée des eaux

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Jumelées en 2017, les deux métropoles côtières sont exposées à un risque de submersion, alors que les projections les plus optimistes estiment que le niveau moyen de l’océan augmentera de 50 centimètres d’ici 2050. L’aménagement urbain intègre ces nouvelles contraintes pour limiter les dangers.

« Nos villes sont sœurs, nos ports sont frères. » Le 

6 novembre 2017, le président du comté de Miami-Dade (Floride), Esteban Bovo, accueillait à Miami une délégation provençale pour signer un accord de coopération avec la métropole Aix-Marseille-Provence, alors présidée par Jean-Claude Gaudin, également maire de Marseille entre 1995 et 2020. Bien que séparées par plus de 8000 kilomètres, les deux métropoles ont des caractéristiques communes : côtières, tournées vers le monde et le commerce international. Mais ces ressemblances géographiques les exposent à la même menace : la montée du niveau de la mer, qui risque de submerger des quartiers entiers du littoral d’ici la fin du XXIe siècle. Pour y faire face, les acteurs locaux des deux côtés de l’Atlantique doivent repenser l’aménagement urbain.

 

Des villes vulnérables

 

Le niveau moyen des océans a augmenté de plus de 

20 centimètres depuis 1900, selon les données de l’observatoire européen Copernicus. « Cette augmentation s’est accélérée ces 20 dernières années. On était plutôt du côté des deux millimètres par an, maintenant on est plus proche de quatre millimètres », précise Joël Guiot, paléoclimatologue contributeur au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et coprésident du GREC-SUD. Les projections scientifiques indiquent que ce phénomène va s’aggraver tout au long du XXIe siècle : 

« si on fait le maximum pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et que l’on respecte les accords de Paris sur le climat, on n’aura pas plus de deux degrés de réchauffement à la fin du siècle, ce qui donnera à peu près 

50 centimètres de montée du niveau de la mer. Sinon, on pourrait monter à un mètre », avertit le chercheur. Conséquence : certaines villes côtières pourraient se retrouver les pieds dans l’eau.

 

Ce pourrait être le destin de Miami d’ici les prochaines décennies. Selon une étude de l’Organisation de la coopération et du développement économique (OCDE), l’agglomération la plus peuplée de Floride fait partie des dix villes qui seront les plus exposées au risque d’inondation côtière d’ici 2070. Elle est également celle qui risque d’y perdre le plus financièrement, en raison des dégâts immobiliers qui sont estimés à plus de 3000 milliards d’euros. Sa géographie la rend particulièrement vulnérable : l’altitude moyenne de la ville est d’environ 1,8 mètre au-dessus du niveau de la mer, selon des données de la NASA. Or, le niveau de la mer monte, et Miami s’enfonce : elle est construite sur une roche calcaire poreuse, en dessous de laquelle l’eau s’infiltre aisément. Des phénomènes météorologiques déclenchent régulièrement d’importantes vagues, qui entraînent des inondations apocalyptiques.
 

Sa jumelle, Marseille, n’est pas en reste. « Avec 

50 centimètres d’augmentation du niveau de la mer, ce qui est la prédiction la plus basse, on aura des risques d’inondation assez fréquentes », détaille Joël Guiot. Les quartiers du Vieux Port (1er arrondissement) ou du parc Borély (7e arrondissement) seraient fréquemment inondés. » Les 50 centimètres évoqués sont une moyenne indépendante des conditions météorologiques : « lorsque par exemple le vent souffle du sud, on a des submersions marines avec des vagues qui iront bien plus loin à l’intérieur des terres », précise le scientifique.

La montée du niveau de la mer est directement liée au réchauffement climatique, dû aux émissions de gaz à effet de serre. Le facteur principal est le réchauffement de l’océan lui-même : lorsque la température de l’eau augmente, son volume croît également. A cette dilatation thermique s’ajoute la fonte des glaciers de montagnes et de l’Arctique. D’où la nécessité absolue de respecter les accords de Paris sur le climat, alors que les Etats-Unis se sont désengagés de ce texte avec le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025. « Les Etats-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre au monde. S’ils ne font pas d’efforts, ça veut dire que la Chine et l’Europe doivent en faire davantage », observe Joël Guiot.

 

Réglementer et décarboner

 

Face à l’inéluctable, les villes sont forcées de s’adapter. « L’anticipation ne peut se faire que par la réglementation », affirme Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille en charge des espaces marins littoraux. Le Plan local d’urbanisme (PLU) de Marseille s’appuie sur les données fournies par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) pour déterminer les zones inondables et les zones constructibles. « C’est aussi prévoir l’imprévisible par des mesures de précaution et un entraînement aux évacuations », ajoute l’élu : des exercices d’alerte tsunami sont organisés, notamment sur la plage du Prophète. Mais lutter pour lutter contre la hausse du niveau de la mer, l’adjoint rappelle qu’il est également essentiel d’« œuvrer partout pour carboner le moins possible, pour que le climat se stabilise », en évitant par exemple d’avoir recours aux solutions à base de béton, qui rejettent énormément de CO2.

 

C’est pourtant l’un des piliers de la stratégie de Miami face au risque d’inondation : en 2025, l’université de la ville a piloté un projet de construction d’un mur de blocs de béton immergés, long de onze kilomètres, pour protéger le bâti des vagues puissantes. Cette construction consolide les récifs naturels de corail, abîmés par l’activité humaine : « Reefline va pouvoir renouveler et recréer ce qui existait auparavant », déclare le directeur scientifique du projet, Colin Ford.

"On aura des risques d’inondation assez fréquentes."

Le comté de Miami Dade a lancé dès 2015 une stratégie de gestion des risques liés à l’élévation du niveau de la mer, notamment via le renforcement des infrastructures : « surélever les routes, installer des stations de pompage, protéger les bâtiments existants à l’aide de panneaux anti-inondation temporaires et construire de nouvelles infrastructures plus en hauteur », détaille le site officiel de la collectivité. La ville de Miami a également adopté en 2021 un plan pour réduire ses émissions de carbone, qui fixe un objectif de neutralité à l’horizon 2050 ; date à laquelle des quartiers entiers du littoral seront déjà engloutis.

 

Maud Mathias

La montée des eaux en chiffres :

 

40 centimètres


Les prédictions scientifiques les plus optimistes du GIEC prédisent que le niveau moyen de la surface des océans augmentera de 40 centimètres d’ici 2100. Ce scénario n’est possible qu’à condition que les objectifs des accords de Paris sur le climat soient respectés, c’est-à-dire limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré d’ici la fin du siècle.

 

23 zettajoules


En 2025, la chaleur stockée dans les 2000 premiers mètres des océans a augmenté de 23 zettajoules, une quantité d’énergie équivalent à « douze bombes atomiques d’Hiroshima explosant chaque seconde de chaque jour de l’année », selon le physicien Lijing Cheng. Plus l’océan est chaud, plus son volume augmente, et donc plus le niveau de l’eau est élevé.

 

1,8 mètre


L’élévation moyenne de la ville de Miami est de 1,8 mètre au-dessus du niveau de la mer, ce qui la rend particulièrement vulnérable au risque de submersion. Les très hautes vagues, surnommées « King Tides », y sont de plus en plus fréquentes, entraînant chaque année des inondations destructrices.