• Analyse

Le plan vélo 2030 ne passe pas la deuxième vitesse

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130 kilomètres. C’est l’étendue de pistes cyclables que souhaite aménager la Métropole Aix-Marseille-Provence dans la deuxième ville de France d’ici 2030. Une ambition sous le feu des critiques des cyclistes, mais aussi du collectif Vélos en Ville. À l’heure actuelle, les travaux des lignes prévues pour 2024 ne sont toujours pas achevés.

Le plan vélo a été annoncé en 2019 et prévoyait deux phases. La première phase doit se terminer à la fin de l’année 2025, et devait installer 85 kilomètres de pistes cyclables. Sur ce projet, seuls 38,1 kilomètres ont été réalisés, avec 22 kilomètres de pistes cyclables. Du reste, ce sont des bandes cyclables et des couloirs partagés avec les bus qui ont été ajoutés en bordure des voies. Des travaux qui ne garantissent pas la sécurité des cyclistes, et n’incitent pas les Marseillais.es à adopter des modes de déplacement doux. La différence entre ces équipements et la piste cyclable est en effet notoire. Le code de la route définit clairement la piste cyclable comme une chaussée exclusivement réservée aux cycles à deux ou trois roues, aux cyclomobiles légers et aux engins de déplacement personnel motorisés, telles que les trottinettes électriques.

Les 130 kilomètres de réseau cyclable censés être aménagés à Marseille d’ici 2030 semblent irréalisables. Pourtant, Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence revendique un bilan positif sur les politiques liées à l’écologie. En juin 2025 lors d’une assemblée du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, dont elle est aussi la présidente, elle qualifiait la question environnementale d’”engagement de chaque instant et de chaque minute”. 

Des affirmations contredites par la parution en septembre du Baromètre vélo 2025 de la Fédération française des usagers et usagères de la bicyclette (FUB). Menée auprès de plus de 3000 Marseillais.es, l’enquête place la deuxième ville de France 37ème parmi les grandes villes les plus adaptées aux cyclistes… sur 37. Seul point positif : la thématique « services et stationnements », où Marseille obtient la note de D [le baromètre va de A+ à G, ndlr]. Mais peut-on réellement parler d’une réussite dans ce domaine, quand on sait que la Loi d’orientation des mobilités adoptée en 2019 impose aux bâtiments neufs ou rénovés d’intégrer à leur structure des stationnements pour vélos ? 

Bruno Terseur, membre du collectif Vélos en Ville, explique que circuler en vélo dans Marseille demande d’être quatre fois plus vigilant.e que dans les autres villes. « Sur les 22% d’avancement du plan, on estime que seuls 10 à 15% des nouveaux aménagements sont réellement sécurisés ». Un manque de responsabilité qu’il incombe à la Métropole « très peu favorable au vélo » et qui « conteste ou censure les propositions des élu.es locaux, voire les modifie en instaurant des absurdités ». En réalité, si les différentes mairies marseillaises peuvent soumettre des idées d’aménagements, la Métropole en reste la seule décisionnaire.

Le collectif se dit prêt à des concessions. « On pousse pour au moins combiner les mobilités douces et développer l’intermobilité, par exemple le tramway et le vélo, qu’on pourrait transporter directement dans le tram. Mais c’est interdit pour le moment », détaille Bruno Terseur. À l’approche des élections municipales, il rappelle son souhait de voir les candidat.es prendre le sujet en main. Récemment, des arceaux de stationnement vélo sont apparus dans certaines rues de Marseille, alors que le collectif le demandait depuis plusieurs années. « Curieusement, comme on est en période pré-électorale, il y a enfin des choses qui se font », souffle-t-il.

Carte interactive représentant les travaux prévus, terminés et en cours. © Collectif Vélos en Ville

Carte interactive représentant les travaux prévus, terminés et en cours. © Collectif Vélos en Ville

Aménagements cyclables réalisés à Marseille entre 2019, année de lancement du plan Vélo 2030, et 2023 ; soit 20.1km de nouvelles voies. © Collectif Vélos en Ville

Aménagements cyclables réalisés à Marseille entre 2019, année de lancement du plan Vélo 2030, et 2023 ; soit 20.1km de nouvelles voies. © Collectif Vélos en Ville

Aménagements cyclables réalisés à Marseille au cours de l’année 2025, soit 1.9km de nouvelles voies. © Collectif Vélos en Ville

Aménagements cyclables réalisés à Marseille au cours de l’année 2025, soit 1.9km de nouvelles voies. © Collectif Vélos en Ville

L’aménagement urbain de la ville représente un réel enjeu pour les cyclistes marseillais.es. La demande citoyenne pour plus de pistes cyclables est d’autant plus légitime que des décisions de justice appuient en sa faveur. Un énième procès contre la métropole est d’ailleurs en cours. Le collectif Vélos en Ville a déjà gagné les neuf procès qu’il a lancés pour la cause cycliste. Des démarches judiciaires décisives pour la sécurité, mais qui ne semblent pas inciter la Métropole à construire plus d’installations pour la circulation des vélos.

À quelques mois des élections municipales 2026, la véritable motivation n’est pas tant la protection des cyclistes, mais la récupération de voix électorales. Or, si la Métropole de Martine Vassal ne sait pas tenir ses promesses, sa présidente sera-t-elle capable de tenir son programme pour les municipales 2026 ? Affaire à suivre.

Léa Bidault et Ivanie Legrain

Infographie plan vélo 2030