Près de quatre Marseillais sur 10 respirent encore un air trop pollué en 2025, d’après les chiffres d’une étude sur la pollution atmosphérique à Marseille (EQIS-PA), commandée par la municipalité. Décryptage de cette réalité.
A Marseille, quatre habitants sur dix respirent un air encore trop pollué, selon une étude réalisée dans la ville par le cabinet d’études Ramboll. La tendance est à la baisse, la pollution a été divisée par trois en 10 ans, comme l’explique Damien Piga, de chez AtmoSud à la Provence. Cette amélioration est notamment dûe au renouvellement et à la modernisation du parc automobile, à l’électrification des quais maritimes ou encore aux législations pour l’industrie. Les leviers existent donc pour les futurs élus municipaux, afin de continuer la dynamique en cours. Le chemin reste en effet long pour atteindre les objectifs de la métropole de réduire les émissions de 50% à l’horizon 2030.
Au cœur de cet empoisonnement invisible et quotidien, les spécificités d’une ville au trafic dense, et qui abrite le plus grand port maritime français. Le chiffre de 39% est marquant, mais les études montrent aussi la complexité du sujet. Deux types de pollutions de l’air sont scrutés, comme l’explique Patricia Lozano, chargée d’action territoriale chez AtmoSud : "Les pollutions gazeuses comme l’ozone, principalement liées aux émanations du trafic routier et maritime et aux industries, et les microparticules liées au chauffage, aux feux de forêts, ou encore aux poussières ramenées par le vent du désert, et qui s’ajoutent à celles du trafic.”
Des paramètres nombreux
Pas facile de quantifier la pollution de l’air. Pour obtenir ce chiffre de 39%, les études se basent sur plusieurs indices. L'indice de pollution de l’air, calculé à Marseille avec une précision de 25m2, prend en compte le cumul des différentes pollutions, ainsi que les niveaux de chacune d’entre elles.
Les conditions météorologiques jouent également un rôle important. Le manque de vent, ou un épisode de fort ensoleillement peuvent par exemple drastiquement aggraver la situation. Sans le mouvement de l’air, qui permet de dissiper en partie les émanations, et avec la présence forte du soleil, des réactions chimiques de matières adviennent, créant de nouvelles substances nocives dans l’air.
Quand l’indice de pollution de l’air, en relation avec les conditions extérieures, dépasse les valeurs recommandées par l'OMS, une alerte est déclenchée. Cela peut mener à des mesures, comme la régulation de la vitesse, ou des limitations d’émission pour les industries. Fin novembre, le nombre de ces journées d’alerte était de 39 pour toute l’année 2025, soit entre trois et quatre jours par mois. Dans les faits, les épisodes liés aux microparticules (14 sur 39 cette année) se concentrent souvent lors de périodes précises: en plein hiver avec les chauffages, et en été avec les épisodes climatiques extrêmes (comme lors des méga feux canadiens en 2025). Les alertes à l’ozone (25 sur 39 cette année), liées au rayonnement solaire, augmentent logiquement l’été.