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"La Provence qu’on aime" : le cheval de Troie du RN pour conquérir des villes

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À l’approche des municipales en mars 2026, le Rassemblement National (RN), porté par Franck Allisio dans les Bouches-du-Rhône, gagne du terrain.  Sa stratégie : le label "La Provence qu’on aime", rallié par l’UDR, le RPR et les candidats divers droite. 

À première vue, ce label sonne comme un slogan touristique. Et pourtant, il est porté par le RN comme principal support d’une alliance des droites. Lancé le 24 janvier 2024 par Franck Allisio, député RN, le label « La Provence qu’on aime » vise à rallier les candidats de droite aux municipales des Bouches-du-Rhône autour de thématiques communes comme le “renforcement de la sécurité” et “la paix fiscale”. Ce label n’est pas un parti, mais plutôt une bannière d’investiture destinée à rassembler autour de valeurs issues de l’extrême droite.

Porté par le RN, l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement pour la République (RPR), le label rassemble des élus de droite et des indépendants, sans investiture directe du parti. Les candidats peuvent intégrer le label sans pour autant adhérer formellement au RN. D’ailleurs, s’il n’y a pas de véritable charte, c’est le RPR qui a publié sur son site – signé par le maire de Rognac lui-même – le lancement du label et la vision portée par celle-ci.

 

Un label qui séduit déjà des candidats

Cette alliance ambitionne de présenter un candidat dans chaque commune des Bouches-du-Rhône. Une vision commune qui ne vaudrait pas adhésion pour autant. Daniel Salenc, par exemple, candidat aux municipales de La Ciotat, a fait part fin septembre de son ralliement au label sans pour autant « adhérer au RN », assurait-il. 

En juin 2025, c’est l’ancien élu LR et conseiller régional Philippe Maurizot qui a rejoint le label. Son objectif est de faire basculer la commune de Fos-sur-Mer à droite et son discours, celui d’une euphémisation des positions extrémistes d’Allisio. La tactique ? Attribuer à l’élu RN des caractéristiques « républicaines », faire de lui une figure « de droite » et non pas des extrêmes. Pascal Spanu, candidat à Port-de-Bouc, David Duran candidat à Berre l’Étang, Christophe Gonzales, maire de Rognac, ou encore Jean-Christophe Trapy à Carry-le-Rouet ont, eux aussi, officiellement rejoint “La Provence qu’on aime”. D’autres maires et candidats aux municipales n’ont pas encore annoncé leur ralliement mais certaines communes risquent prochainement de basculer à l’extrême droite à l’instar de Pennes Mirabeau, d’Allauch, de Plan-de-Cuques, de Tarascon, de Chateaurenard et de Martigues. 

Un Rassemblement Départemental qui ne dit pas son nom 

Le côté insidieux du projet est qu’il est présenté par Franck Allisio comme un projet transpartisan : « Ce label, tout le monde peut le rejoindre sans pour autant adhérer aux partis », affirme-t-il dans un article de Marsactu. 

La politologue Christèle Lagier explique dans une interview donnée sur France 3 : "Le RN mord sur la droite et sur des électorats qui avaient plus de réticences à voter pour lui." Cette stratégie de fracture de la droite permet au RN de s’extraire d’une marginalisation, bien moins réelle aujourd’hui. Rallier la droite permet au parti d’extrême droite d’imposer de façon latente, sans dire son nom, des candidats alignés sur ses idées tout en poursuivant sa stratégie de normalisation.

 

Un ultimatum stratégique

La stratégie du label La Provence qu’on aime repose sur un “marchandage” à la candidature. Le principe : un refus d’adhérer au label équivaut à s’exposer à une candidature frontiste concurrente, divisant l’électorat de droite et rendant le scrutin plus incertain. Comme le résume Christophe Gonzales, maire RN de Rognac, dans un communiqué publié sur le site du RPR“L’alliance RN–UDR–RPR […] soutiendra un maire sortant s’il adhère aux valeurs que nous portons.” Derrière cette formulation se dresse une logique d’alignement idéologique tacite. 

Et le chantage pourrait aller plus loin : “Il faudra en contrepartie qu’on ait des gages de sincérité“, précise le représentant du RN dans un article de Marsactu. Une injonction à la loyauté pour la présidence de la métropole ? Pour les sénatoriales ? Le contrat demeure opaque.

 

 

Diane Villemin & Marie Moreau