Le départ définitif des Galeries Lafayette du Centre Bourse, le 15 novembre 2025, laisse vacante une surface commerciale stratégique au cœur de Marseille. Le maire Benoît Payan a tranché en octobre en annonçant vouloir racheter les 22 000 m² pour un montant de 30 et 50 millions d’euros. Face à cette fermeture, les candidats aux municipales ont affiché des projets différents. Retour en trois questions sur un dossier qui fait débat.
Que va devenir l’espace ?
La mairie actuelle a évoqué un pôle culturel possiblement en lien avec la Philarmonie de Paris ou une cité de la mer et des sciences, ou encore un espace muséal dans le prolongement du musée d’Histoire de Marseille. D’autres candidats ont réagi au départ du grand magasin et à l’avenir de l’espace. Dans une vidéo publiée sur son compte instagram le 11 octobre, Franck Allisio (candidat RN) déclare vouloir faire de cet espace la vitrine de Marseille accompagnée d’une halle gastronomique et d’un village de créateurs.
Martine Vassal, également candidate présidente de la métropole, a elle proposé un référendum en ligne pour les Marseillais afin de décider de l’avenir du Centre Bourse et propose cinq options; parmi elles une école de cuisine, une maison de l’enfant ou un espace commercial Made in Provence. Sébastien Barles (candidat Vaï), espérait au printemps sur LinkedIn voir le lieu se transformer en « plus grand tiers lieu urbain en France ». A quelques mois des municipales, les discussions autour du centre bourse ont dépassé la fermeture commerciale, un débat stratégique en période électorale s’y est niché : celui des fonctions urbaines associées à l’hypercentre.
Pourquoi les Galeries Lafayette ferment-elles leurs portes à Marseille ?
Le 15 novembre 2025, les deux magasins marseillais des Galeries Lafayette, au Centre Bourse et au Prado, ont fermé leurs portes. Selon le communiqué officiel du groupe du 21 janvier 2025, ces fermetures s’expliquent par un emplacement géographique qui ne correspond plus à la stratégie de la marque et pénalise ses ventes.
Pour le Centre Bourse, le groupe souligne que le site « s’adresse désormais principalement à une clientèle recherchant des produits plus accessibles », un positionnement incompatible avec l’offre des Galeries. Cette évolution est visible dans le centre commercial : l’ouverture, le 2 avril 2025, du plus grand magasin Normal de France, le huitième à Marseille, connu pour ses produits du quotidien à petits prix, illustre la montée en puissance d’enseignes à bas prix.
Le communiqué rappelle également que « les deux magasins ont enregistré des pertes récurrentes depuis plusieurs années », malgré d’importants investissements, et qu’il n’était plus possible de les maintenir « sans déséquilibrer les performances du reste du réseau ». Les deux sites perdaient environ 10 millions d’euros par an, malgré 30 millions investis en dix ans (ADCF). Au total, 145 salariés sont concernés, avec un accompagnement prévu pour leur reclassement.
Marseille n’est pas un cas isolé : les Galeries Lafayette de Rosny 2, unique magasin de Seine-Saint Denis fermeront leurs portes le 23 décembre également pour des raisons économiques.
Que raconte cette fermeture de Marseille ?
Derrière le départ des Galeries Lafayette un nouveau tableau du paysage marchand apparaît. Plusieurs hypothèses : baisse du pouvoir d’achat, nouveaux secteurs qui concentrent les achats (dont témoigne l’essor massif des friperies), essor du commerce en ligne. Selon une étude Appinio, sous l’effet de l’inflation, 62 % jugent les prix en centre-ville trop élevés et se tournent vers les zones périphériques ou internet.
Une étude parue en 2024 de la Chambre du commerce et de l’industrie Aix Marseille, observe une fragilisation des grandes artères marseillaises - Rome, Saint-Ferréol, Canebière - qui peinent à s’adapter. La zone commerçante historique et les axes commerciaux perdent en popularité, parmi eux figure le centre Bourse ou encore la rue Saint Ferréol.
À l’inverse, certaines zones piétonnes concentrent la dynamique, où la restauration joue un rôle central. Sur le Vieux-Port, elle représente 65 % des implantations, révélant ce qu’on pourrait nommer une cafétérisation du centre-ville. On ne vient plus acheter, mais vivre des expériences. Les propositions des candidats pour l’espace à venir en témoignent : il ne s’agit plus d’imaginer une commercialisation mais d’investir l’argent public dans l’établissement de lieux hybrides ou d’activité.
Marion Lescuyer et Kamélia Mekki