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Foyssiri Mamadou Djimèra, l'art de rester

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Alors que les traversées en pirogue vers les Canaries se multiplient, certains assument le choix de rester, et tentent d’écrire leur avenir sur leur terre natale. 

 

Dans sa petite boutique aux murs jaunes écaillés, nichée dans les rues bruyantes de Nouakchott, Foyssiri Mamadou Djimèra travaille en silence. L’air est dense, presque immobile. Le sol, en terre battue, absorbe la chaleur du jour. Assis en tailleur sur sa chaise haute, une tasse de thé à portée de main — son “carburant” — il prépare une commande pour un mariage : sac, chaussures, chapeau. Aucun détail n’échappe à ses mains expertes. 

Ce n'est pas un petit métier. On ne peut pas s'en passer. 

Tisserand et artisan du cuir, issu de la communauté peule, il a hérité du savoir-faire familial. Une passion qu’il chérit : “Ce n’est pas un petit métier. Quand on a le talent, on ne peut pas s’en passer”. Convaincu que les études n'offrent pas d’avenir ici, il a quitté l’école à 17 ans, pour se concentrer sur l’artisanat. “Chez nous, même ceux qui ont des diplômes sont obligés de partir”, affirme-t-il. 

 

Lui, a choisi une autre voie : rester, créer, transmettre. Il commande son cuir en kilos — parfois local, souvent importé de France ou d’Italie — et adapte ses créations aux attentes des clients. Le geste est hérité, les formes, inventées. “Ce que je fais, mes parents ne le faisaient pas comme ça. Ils m’ont offert la maîtrise, moi j’y ajoute l’imagination”. 
 

“Réussir en partant, ce n’est pas réussir” 

 

Mamadou aurait pu partir. Il avait de quoi payer les passeurs, tenter la traversée jusqu’aux Canaries. Mais il a décidé de rester. « Réussir en partant, ce n’est pas réussir », souffle -t-il, en dessinant des motifs noirs sur les lacets des sandales. Et même s’il affirme que son art se vendrait plus facilement en Europe, “ce que je trouve courageux, c’est de réussir ici, auprès de sa famille”. Sans porter de jugement sur ceux qui tentent leur chance sur un autre continent, des retours sans lendemain, il en connait, “Tu pars, tu ne trouves pas ce que tu cherchais, et tu perds ce que tu avais”

 

Lui a préféré investir ici, sur ses terres, auprès des siens. Il a pu, grâce à la vente de ses créations, s’acheter une machine à coudre 13 000 MRU (l’équivalent de 300 euros), et louer une boutique 2 500 MRU ( 50 euros) par mois. Son rêve ? Avoir un atelier plus grand, former des jeunes, transmettre. Et peut-être un jour, exposer en France ou en Belgique, non pas pour s’y installer, mais pour faire rayonner son art. Ce qu’il attend, ce n’est pas de partir, c’est d’être vu.

Foyssiri Mamadou Djimèra n’est pas encore marié. Il a d’abord épousé son métier. Son plus grand souhait ? Que ses futurs enfants partagent sa passion. Et que ses étagères bleues soient un jour remplies de ses créations - signe, dit-il, qu’il aura réussi.