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En Mauritanie, la difficile prise en charge des femmes en exil atteintes du VIH

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Des centres de santé accueillent les femmes séropositives de passage en Mauritanie. Ils sont confrontés aux tabous, à la précarité et à l’errance des patientes.

Banlieue ouest de Nouakchott, commune de Sebkha. Dans la petite salle de consultation, l’infirmière Haby Sow met de l’ordre dans ses fiches, sur un carnet à spirales aux pages froissées. Placardée au mur, impossible de rater une grande affiche sur le VIH, qui résume les modes de transmission, le dépistage, les traitements. « Ici, on voit passer beaucoup de personnes séropositives », indique-t-elle. 

Elle s’occupe des dépistages VIH. Si le test est positif, la personne est orientée vers le Centre de Traitement Ambulatoire (CTA) de l’hôpital de Nouakchott, qui délivre les traitements antirétroviraux. Démarrée à temps, la multithérapie rend la charge virale indétectable et le virus intransmissible. Le centre de santé, lui, prend en charge le suivi et l’accompagnement.

« Vivre positivement avec la maladie »

Le centre de santé communautaire AGD (Association des Gestionnaires pour le Développement) est installé dans ce quartier pauvre, où la population est en majorité immigrée. Le lieu, l’un des quatre centres de santé de la capitale, est dédié à la santé sexuelle et reproductive et à la lutte contre le VIH, et emploie 16 salarié·e·s. Il accueille des « populations clés », vulnérables aux IST : homosexuels, travailleur·euse·s du sexe, chauffeurs routiers et femmes migrantes. 

"Les gens sont beaucoup mieux traités ailleurs."

Le centre accueille une trentaine de femmes par mois, mauritaniennes pour la plupart, mais « beaucoup » viennent du Mali, du Sénégal, du Togo et de Côte-d’Ivoire. Plusieurs fois par an, le centre organise des groupes de parole entre femmes séropositives. Par groupes de dix, elles échangent leurs expériences pour « vivre positivement avec la maladie. » Elles recherchent une meilleure prise en charge du VIH et la confidentialité. Ces femmes ont contracté le virus dans leurs pays d’origine, notamment au cours de viols collectifs.

Certaines femmes accueillies ici « passent une fois, puis disparaissent », explique la responsable du centre et assistante sociale, Haoussa Mamadou Ndiaye. Parfois, elles sont sans-abri et ne mangent pas à leur faim. D’où des ateliers thématiques pour apprendre à se nourrir correctement. Enjeu majeur : les médicaments ne peuvent se prendre que pendant les repas. L’absence de stabilité pour les femmes exilées rend plus difficile la prise en charge du VIH, laquelle demande un suivi régulier, à long terme. « Même si on a le traitement ici, les gens sont beaucoup mieux traités ailleurs », admet la responsable.

Une affiche du festival Solidays

La migration peu compatible avec un traitement efficace

Ce besoin de stabilité pour être traitée correctement se traduit bien souvent par le départ vers l’Europe. Après être restées plus ou moins longtemps à Nouakchott, nombre d’entre elles se retrouvent à Nouadhibou, au nord de la Mauritanie, ville frontière, capitale économique du pays et principal point de départ pour l’Espagne. Sans moyen légal de partir, elles y travaillent quelque temps avec les pêcheurs, pour gagner un peu d’argent, avant de prendre la mer vers les Canaries dans des conditions périlleuses. Tout comme à Nouakchott, une antenne du centre AGD et un CTA les prennent en charge. 

À cela s’ajoute la pression sociale : dans cette République Islamique où les relations sexuelles hors mariage sont interdites, les femmes vivant avec le VIH « sont considérées comme des vagabondes sexuelles », explique Ely Bocoum, psychologue au bureau de la Croix-Rouge Française de Nouadhibou. « Les femmes vivant avec le VIH vivent en cachette, elles ont peur d’être stigmatisées et discriminées », précise-t-il. En revanche, souligne-t-il, « elles sont acceptées politiquement. ». La Mauritanie est un pays plutôt « hospitalier » pour les femmes séropositives, relativise sobrement Haoussa Mamadou Ndiaye. Elle estime qu’« elles s’auto-stigmatisent au point de quitter leur pays d’origine. » Pour elle, partir n’est pas le bon choix. « Aller en Europe et avoir une vie décente, c’est une autre réalité. Je leur conseille de rester. » Face aux faits, son discours semble bien inaudible.

Élie Ducos / Soya Watt