• Enquête

Protéger son enfant ou obéir à la loi : le dilemme de ces mères face à l’inceste

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Elles fuient, cachent leur enfant, puis se retrouvent sur le banc des accusées. Face à l’inceste parental, les "mères protectrices" dénoncent un système judiciaire qui protègent les auteurs plutôt que les victimes. Le 16 décembre prochain, une commission d'enquête pourrait changer ce système accusé par la Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) et des associations de protéger les pères au détriment des enfants. 

Sabine* a passé quatre mois derrière les barreaux. Le motif : enlèvement de sa fille en 2022. Comme de nombreuses mères d'enfant victime d'inceste parental, elle est passée par la cavale. En 2020, sa petite fille de 3 ans et demi dénonce des faits d'inceste commis par son père. "Son état de santé se dégradait. Elle ne dormait plus. Elle se faisait à nouveau pipi au lit alors qu'elle était propre. Elle ne mangeait plus. Elle se tapait la tête contre les murs et enchaînait les infections urinaires", raconte cette mère qui habite un village des Alpes. Après 14 plaintes pour "non présentation" de son enfant et un départ à l'étranger, elle est arrêtée par la police. Puis, incarcérée.

En France, 1 enfant est victime toutes les 3 minutes de viols ou d'agressions sexuelles, selon la Ciivise.

Un système qui se retourne contre celles qui dénoncent

Comme Sabine*, de nombreuses mères se disent victimes de ce système judiciaire. Depuis 2021, le collectif Incesticide France, lancé par Sihem Ghars,militante et autrice de "Incesticide : un crime sans nom" (Editions Mollat, 2026), documente minutieusement ces situations. En quelques semaines, près de 600 témoignages sont récoltés.

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Ces récits, ceux de mères en cavale où les enfants sont placés chez le père accusé et où les mères sont condamnées pour enlèvement d’enfant voire emprisonnées. "À chaque fois, on observe le même mécanisme : lorsque les mères dénoncent, ce sont elles qui deviennent suspectes", résume Sihem Ghars. Charlotte* en sait quelque chose. "J'ai reçu plusieurs plaintes pour non représentation de ma fille. Ma fille a dénoncé les faits au mois de juin et son père n'a toujours pas été entendu. C'est moi qui ait dû lui informer de la procédure en cours. Les gendarmes m'ont dit que le juge serait clément avec moi mais ce ne sont que des paroles, rien est écrit", s'inquiète-t-elle. Depuis que sa petite fille de 3 ans a révélé les faits, elle se cache et multiplie les combines pour éviter le contact avec le père. "Je me suis cachée tout l'été et je m'arrange pour que la petite ne voit plus son père", confie avec désespoir cette mère qui vit dans un petit village des Hautes-Alpes. 

Une commission d’enquête pour rattraper les recommandations oubliées

Le 16 décembre prochain, une proposition de résolution - portée par le député Guadeloupéen Christian Baptiste (NUPES) - sera votée à l'Assemblée Nationale. L'objectif : créer une commission d'enquête de 6 mois sur l'inceste parental, un rapport public et des réformes législatives. Aujourd’hui, une commission existe déjà : la Ciivise, qui avait formulé 82 recommandations au gouvernement. Indépendante, elle était censée être relayée par les députés pour permettre des réformes concrètes. Mais seules une vingtaine de recommandations a été mise en œuvre ces dernières années. "Les chiffres sont éloquents : il ne peut y avoir autant de classements sans suite. Les agresseurs doivent être condamnés, et les victimes reconnues. Pour l’enfant, c’est une question de sécurité et de reconnaissance", explique Denis Roth, secrétaire général de la Ciivise et juriste.

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 "Seule une plainte sur 10 aboutit à une condamnation en cas d'inceste."

Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France, selon la Ciivise. Et, seule une plainte sur 10 aboutit à une condamnation en cas d'inceste. "Il y a une véritable distorsion entre l'ampleur de ce crime de masse qu'est l'inceste et les faibles résultats en termes de condamnation", rappelle Denis Roth. Cette commission pourrait permettre d’auditionner magistrats, chercheurs, associations et familles, et de produire un rapport pour rédiger de nouvelles lois. Elle s’inscrit dans la continuité des recommandations de la Ciivise, trop souvent restées lettres mortes.

*Les prénoms ont été modifié.