• Reportage

Tierra Firme : stopper la route des Caraïbes par le travail

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Depuis février dernier, le centre de formation de Nouakchott propose deux formations innovantes à 40 élèves dans le cadre du programme Tierra Firme. Son objectif : limiter la migration vers les îles Canaries en permettant à des étudiants de trouver un emploi en Mauritanie

 

La ferronnerie ou la construction. Ce sont les deux secteurs d’activité enseignés depuis le début de l’année dans le cadre du programme Tierra Firme. Un format court de quatre mois dans lequel des étudiants et sans-emplois âgés de 16 à 35 ans se perfectionnent au Centre de formation industrielle et technique de Nouakchott, avant de suivre un stage en entreprise. Financé à 100% par le gouvernement des îles Canaries, son but est simple : limiter le flux de migration qui remonte la côte ouest de l’Afrique en finançant la formation de jeunes et leur permettre de rester en Mauritanie.

 

Un programme lancé au Sénégal

 

« C’est clair, c’est pour limiter la migration » : Dans les locaux qu’elle loue au nord-ouest de Nouakchott, Nayra Delgado ne cache pas l’intention de Tierra Firme. Espagnole de naissance et originaire des îles Canaries, elle est installée depuis sept ans en Mauritanie. Sa connaissance du terrain et son expertise ont retenu l’attention du gouvernement des Canaries. Ce dernier lui a confié la mise en place de Tierra Firme en Mauritanie. « Dans l’archipel espagnol, maintenant on a un grand problème avec l’immigration, explique Nayra. Chaque année, ce sont 1 000 personnes qui arrivent et ça, c’est impossible pour nous. » Par le biais de sa société, Global Gulf Consulting, elle échange avec le patronat mauritanien, la fondation de la construction espagnole ainsi que le gouvernement canarien pour endiguer le problème. Entre 800 000 et 1 000 000 d’euros ont été débloqués jusqu’alors par ce dernier en faveur du programme déjà présent au Sénégal et bientôt inauguré en Gambie. 

« Pour le lancement de Tierra Firme, on a choisi la ferronnerie et la construction car cela correspond aux priorités des entrepreneurs mauritaniens », indique Brahim Beibacar, directeur du Centre de formation industrielle et technique de Nouakchott. Un propos confirmé par Houcine, enseignant en construction dans ce centre. « Ce n’est pas très difficile de trouver un chantier, précise-t-il. Partout où vous orientez votre regard, vous en voyez un. »

 

370 candidatures en deux semaines

 

En Mauritanie, les formations en ferronnerie où en construction durent au minimum une année, alors que Tierra Firme permet d’obtenir un diplôme en seulement quatre mois. Un apprentissage particulièrement court qui séduit les jeunes locaux. Annoncé par le centre de formation sur Facebook, Tierra Firme a reçu 370 candidatures en seulement quatorze jours. Il a fallu utiliser des critères d’âge, de niveau scolaire et d’aptitude physique pour pouvoir sélectionner les 40 meilleurs candidats. Hélas, certaines défections sont à déplorer. « On a perdu 10 élèves, constate Nayra Delgado. Malgré des frais entièrement pris en charge, certains élèves ne se présentent pas. C’est un peu culturel en Mauritanie ».

En proposant son programme dans la capitale Mauritanienne, Tierra Firme doit permettre à la population locale de trouver un travail et de subvenir à ses besoins. « Il y a des secteurs qui sont actuellement très largement occupés par les étrangers », constate Mohamed Dereghly, directeur de la cellule formation emploi à l’Union nationale du patronat mauritanien.

 

« Former pour répondre à un besoin »

En Mauritanie la main-d'œuvre ne manque pas. Celle formée et diplômée si. Les 15-34 ans représentent 34% de la population mauritanienne et 44% d’entre eux se trouvaient au chômage lors du dernier recensement en 2012, peut-on lire dans la stratégie nationale 2024-2030 du ministère de la Culture et de la Jeunesse. Pour accéder à un emploi, « il faut que les gens aient confiance en toi. Sans qualification et sans diplôme c’est compliqué », témoigne Sidena Cheikh qui suit actuellement la formation construction « Trop longtemps, explique Mohamed Dereghly, la Mauritanie a proposé des formations sans véritable débouchés. Maintenant, on va former pour répondre à un besoin. »

Ce projet pilote doit d’ailleurs servir de tremplin à d’autres secteurs économiques dans lesquels la Mauritanie s’implique tels les énergies renouvelables, le tourisme, l’agriculture, l’électricité ou la plomberie. D’ici à deux mois, une nouvelle formation devrait ainsi voir le jour. « Ce que les jeunes veulent, c’est simplement être actif et avoir un travail », conclut Amadou Barro, l’un des premiers stagiaires de Tierra Firme.

 

Johan Beausergent + Aminata Kane