À Nouakchott est installé, cinq mois par an, Hamma dit Le Magnifique. Ce Malien d’origine n’a pas eu d’autre choix que de fuir la guerre avec sa famille, encore coincée dans un camp de réfugié au Sud-Est du pays. L’artisanat est, pour Hamma, l’espoir de les réunir.
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Un coeur Malien, une survie mauritanienne
Au détour d’une rue sablonneuse de Nouakchott, il faut pénétrer l’atelier par une porte en métal. En leur sein, les murs orange renferment de petits trésors. Des bijoux, des sacs en cuir et divers outils ornent les tables et les murs. Hamma, dit Le Magnifique, offre du thé traditionnel à tous ceux qu’il croise. Le signe de 100 ans d’amitié nouée.
À peine âgé de 30 ans, il a pourtant déjà passé la moitié de sa vie comme réfugié. Dans son Mali natal, un conflit armé fait rage depuis 2012. Cette même année, sa famille touarègue (nomades du désert) et lui fuient Tombouctou en direction de la Mauritanie.
Une terre refuge, dont la relative stabilité attire. Sur une route semée de groupes terroristes, ils passent par Bamako, puis le Sénégal, jusqu’à atteindre le camp de réfugiés de Mbera.
Mais pour les plus de 100 000 personnes qui y vivent, placées sous l’égide des Nations unies, les tentes et la nourriture manquent. La vie y est difficile. « Je voyais des personnes vulnérables et des enfants qui n’avaient même pas à manger », soupire le bijoutier.
Pour aider leurs proches et les autres réfugiés, Hamma et son petit frère Ali traversent régulièrement les 1600 kilomètres qui séparent le camp M’Bera de la capitale mauritanienne. Pendant cinq mois, ils s’installent à Nouakchott pour exercer le métier de forgeron, un héritage familial. Pour vendre ses bijoux aux touristes, Le Magnifique déambule sur les marchés, sur le port, et dans la boutique-atelier de son cousin.
Venir dans la capitale de la Mauritanie était aussi, pour lui, une opportunité de faire des rencontres : « Dans un camp de réfugié, tout le monde souffre. On ne peut pas savoir qui est bon, qui est mauvais. Ici, je peux tomber sur quelqu’un qui peut faire quelque chose pour m’aider », explique le natif de Tombouctou.
« Je préférerais rester chez moi »
Située non loin de l’ambassade de France, dans le quartier résidentiel de Tevragh Zeina, la boutique Nomade sert aussi de toit à Hamma et à ceux qui y travaillent, comme son cousin, Mama. Un tapis tissé jonche le sol et leur permet de dormir, de jour comme de nuit. Le jeune homme ne se plaint pas de ce confort rudimentaire, au contraire : « C’est mieux que de rester dans un pays où il y a la guerre. Mais je préférerais rester chez moi ».
En 2015, Hamma et sa famille ont tenté un retour au pays, à l’occasion d’une accalmie martiale. « Nous y sommes restés pendant quatre mois et n’avons pas pu supporter ce qu’il se passe à Tombouctou », explique le Malien. Des missiles ont frôlé leur concession. Ils sont alors contraints de faire marche arrière.
S’il n'a pas revu sa maison depuis, Hamma est le seul, profitant de sa jeunesse, qui s’accorde un voyage d’un ou deux mois au Mali, de temps à autre. Une manière de renouer avec sa terre et de prendre la mesure de la guerre.
Hamma et sa famille disposent du statut de réfugiés conféré par les Nations unies, avec une carte depuis 2016. Mais la situation se complique depuis quelques temps. La Mauritanie durcit sa politique d’immigration. Des vagues d’arrestation sont en cours pour renvoyer les migrants en situation irrégulière dans leur pays d’origine. De quoi inquiéter Hamma, qui a dû passer par le Mali pour obtenir sa carte cette année. Assis entouré de ses outils, il s'exaspère : « Quand ils ont fini avec les autres, c'est pour vous qu'ils viennent ».
Le rêve de vivre ensemble et en sécurité
Le bijoutier rêve de pouvoir ramener les siens au Mali. Mais, il le sait, la tâche est immense et le contexte bien trop compliqué. « Je dois trouver un moyen de les faire venir à Nouakchott », réfléchit-il. La raréfaction des autorisations de sortir du camp pour les réfugiés lui complique la tâche, tout autant que le prix du voyage en bus. Bloqués au camp de réfugiés, ses parents ne le reverront qu’au retour de son voyage à la capitale mauritanienne.
La question de l’Europe est cependant inenvisageable pour les jeunes artisans touaregs. « Mieux vaut vivre cette vie, que de la risquer pour quelque chose d’incertain », lance Ali, le petit frère. Par-dessus tout, leur choix est motivé par le souci de préserver leur héritage culturel et leurs traditions, qui sont, pour eux, une fierté, un repère.
C’est d’ailleurs auprès de leur père que les deux frères ont appris le métier qui leur permet aujourd’hui de subvenir aux besoins de la famille. Hamma Le Magnifique le sait, ses compétences peuvent servir à faire le bien. Particulièrement, aider les enfants qui, comme lui, n’ont pas la chance d’aller à l’école. Il a pour projet de transmettre son savoir-faire à la jeune génération de réfugiés. Une manière de leur offrir un avenir professionnel.
Le tempérament posé et la générosité de Hamma poussent au dialogue, à la rencontre. Le cliquètement de ses bijoux et le tintement de ses outils suscitent l’intérêt des touristes. Pourtant, dans un mois, il sera l’heure de repartir. L’occasion de ramener à la famille l’argent gagné et de tenter de vivre dignement en Mauritanie, loin de la survie.
Par Mathilde Cailliau et Maëwenn Le Coroller-Richard