CHAPO : Sport le plus pratiqué de Mauritanie, le football est un élément fédérateur en Mauritanie. Pour coacher son équipe nationale, la Fédération nationale fait appel à des talents étrangers. Un Espagnol et son staff sont actuellement aux commandes de la sélection. Un temps bientôt révolu ?
-
- Reportage
Football : une sélection nationale à l'accent espagnol
« Mon premier geste a été de chercher où se trouvait la Mauritanie ». Lorsque Luis Fuertes, directeur technique national de la Fédération de football de la république islamique de Mauritanie (FFRIM) l’a contacté pour devenir entraîneur de Nouadhibou en 2022, Aritz Lopez Garai a débord été dubitatif. L’ancien joueur professionnel passé par Cordoue, Gijón ou le Celta Vigo ne connaissait rien du club aujourd’hui 12 fois champion de Mauritanie et du football pratiqué dans la république islamique. Trois ans plus tard, il est devenu entraîneur de l’équipe nationale et de celle des moins de 20 ans.
Depuis 2012 et Omar Houssen, six coachs se sont succédé sur le banc de la sélection nationale. Aucun Mauritanien. Une importation de sélectionneurs destinée à apporter un savoir étranger au football local, longtemps dépourvu de moyens.
Une expertise peu présente en interne
À tout juste 32 ans, Jemal Sevir est directeur exécutif de la FFRIM. L’ancien journaliste sportif est présent depuis 2011 à la Fédération. Ancien conseiller du président de la Fédération, il vit au cœur des rouages de la cette dernière. En 14 ans, il a vu les coachs étrangers s’enchainer. « Il y a eu par le passé des sélectionneurs mauritaniens, explique-t-il, On vient de très loin, la partie formation était quasi-inexistante pour les entraîneurs mauritaniens».
Recruter des entraîneurs étrangers est devenu la solution la plus évidente pour maintenir un niveau international. “Chaque choix est un équilibre entre l'expertise de l'étranger et ce que ça peut nous apporter sur le plan local » , précise Jemal Sevir. Pour cela il y a « toujours un sélectionneur local mauritanien comme adjoint ». Dans le cas d’Aritz Lopez Garai, c’est Moustafa Dah qui l'accompagne. Les deux hommes ont travaillé ensemble au club de Nouadhibou. « C’est important de travailler ensemble. Je suis dans un autre pays, je dois le respecter » précise le coach.
Son staff reste malgré tout majoritairement hispanique. Sur les six membres qui l’accompagnent,quatre sont espagnols : son préparateur physique, son assistant préparateur physique, son analyste vidéo, ainsi qu’un second coach adjoint.
Les financements de la FIFA changent la donne
Cette tendance ibérique cache toutefois une véritable dynamique de développement du football mauritanien. « En 2011, le staff de l'équipe nationale c'était un sélectionneur, un préparateur physique, un entraîneur de gardien de but, rappelle Jemal Sevir. Aujourd’hui, on peut compter jusqu'à cinq/six membres, entre les différents rôles ».
Une évolution permise à la fois par l’élection d’Ahmed Yahya à la tête de la fédération la même année et par les programmes de développement de la FIFA, la Fédération Internationale de Football Association. Parmi ceux-ci, le fond Forward et le Talent Development Scheme. Depuis le complexe de la fédération située à côté de la Direction de la Sécurité Nationale, s’est transformé. Deux terrains d’entraînement côtoient celui de beach soccer dont l’équipe nationale a fini vice-championne d’Afrique en 2024. Un centre de formation a été créé et la fédération dispose d’un espace pour la rééducation de ses joueursAvant cela, ces derniers devaient se rendre en Tunisie pour se faire opérer et rééduquer. « On n'avait qu'un seul bâtiment » au sein de ce qui est devenu un complexe, se souvient Jemal. Ce bâtiment, c'est l'ancien siège de la Fédération. Aujourd'hui il sert notamment de centre d’analyse vidéo.
Une ultime marche à gravir
Ce développement d’infrastructures et de personnel permet désormais de former les entraîneurs mauritaniens avec un vrai parcours académique. Il est désormais possible d’obtenir la licence A, plus haut diplôme d'entraîneur délivré sur le continent africain.
Un développement constaté par le coach espagnol Aritz Lopez Garai. « Dans cinq ou six ans, de nombreux coachs locaux auront la capacité d'entraîner l’équipe nationale ou peut-être des clubs en Europe ». Des expatriations plutôt bien vues par la fédération qui voit dans cette perspective la possibilité d’acquérir encore plus d’expérience.
En 2013, la Mauritanie s’est qualifiée pour son premier tournoi continental (le championnat d'Afrique des Nations), avant de participer à ses trois premières Coupes d’Afrique des Nations (2019-2021-2023) Il reste aux Mourabitounes, une dernière marche à franchir, une première participation à la Coupe du Monde. Avec un entraîneur mauritanien ?
Johan Beausergent, Amadou Sy
FORWARD et TDS, des aides précieuses
Deux programmes de financement contribuent au développement du football Mauritanien. D’abord, le programme Forward. Lancé en 2016 par la FIFA, il permet aux associations de football national de recevoir une dotation financière dont l’objectif est de développer le football dans le monde. Sa première version (2016-2018) allouait cinq millions de dollars américains sur trois ans à chaque fédération, le second (2019-2022) en offrait six, tandis que le dernier, Forward 3.0 (2023-2026) porte cette somme à huit millions de dollars.
Le Talent Development Scheme, officiellement né en 2022 grâce à l’ancien entraîneur Arsène Wenger, doit lui permettre « à ce que chaque talent (dès 13 ans) puisse être détecté et développé ». Son montant précis n’a pas été communiqué.