• Interview

Marseille, droit au click

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Le petit poucet « Lyost Esport », l'une des seules structures d'Esport marseillaises, a créé l’exploit d’arriver en finale de la Coupe du monde de Fortnite, l’été dernier.

Comme le hasard fait bien les choses, il faut remonter le chemin de la Commanderie (15ème arrondissement) pour voir que le sang est aussi blanc et bleu. Là-bas, Yazid Aboud, bientôt quadragénaire et originaire de la Belle-de-Mai, a établi le campement de Lyost esport, avec pour slogan : « Pour Marseille, par Marseille ».

 

Le rêve a pourtant pris une autre dimension l’été dernier, à la World Cup esport 2026. Lors de cet équivalent des Jeux olympiques du jeu vidéo, un événement géopolitique va faire basculer le destin de l’équipe de celui que l’on surnomme « Yaz ». La compétition, initialement prévue à Riyad, en Arabie Saoudite, est annulée début 2026 par le Prince Mohammed ben Salmane. La raison ? Le début de la guerre en Iran. L’évènement est alors délocalisé à Paris, et où « les coûts de déplacement pour nos équipes étaient envisageables », explique-t-il.

 

Associé à l’équipe SkyJump [il faut concourir dans cinq jeux minimums pour participer, d’où cette association, NDLR], Yazid fixe à ses joueurs un objectif : atteindre le top dix mondial du jeu vidéo Fortnite. À la surprise générale, le petit poucet phocéen atteint la grande finale et s’incline face à l’équipe allemande BIG, véritable institution dans le milieu. « On ne s’attendait pas à aller aussi loin dans la compétition, c’est une immense fierté. »

 

Fondée en 2018, l’équipe de sport électronique compétitif, passée semi-professionnelle en 2020, est née de deux inspirations : « Mes deux minots de quatorze et huit ans, et notre passion commune pour les jeux vidéo ». Malgré cette récente deuxième place et 150 000 dollars de récompenses à partager : « Il est toujours aussi difficile de trouver des sponsors, car l’esport est mal reconnu, d’autant plus en province », admet-il.

En quête de reconnaissance

 

Le principal enjeu est économique pour le développement des structures de la deuxième ville de France, qui se comptent au nombre de deux : Lyost et Klanik Esport. Le recrutement de staff technique (préparateur physique spécialisé, community manager...), n’est pas chose aisée, car il n’existe pas de formation dans ces domaines. Un vrai casse-tête pour celui qui gère une structure de vingt-cinq salariés, « dont presque un tiers en joueurs. »

 

À titre comparatif, le nombre d’esportifs (loisir ou amateurs) en France est passé de 2 millions en 2018 à 6 millions en 2023, selon un rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche. Seulement 230 joueurs professionnels en équivalent temps plein, selon France Esport (organisme public rattaché au ministère des Sports). 

 

Au-delà de l’équipe, Yazid doit s'occuper de son entreprise spécialisée dans le bâtiment, qu’il a fondée avec son frère. Pour les années à venir, il se fixe deux paliers à atteindre : « Se qualifier chaque année à la World Cup esport, et surtout atteindre le seuil des 5 jeux concourus, sans association avec une autre équipe, pour enfin obtenir le statut de professionnel. » Pour le moment, Lyost Esport a presque fait la moitié du chemin, avec deux jeux permanents : Fortnite et Valorant.

Lorenzo Govi-Bartolomei