• Reportage

“Je ne retrouvais ce bien-être nulle part ailleurs” : quand le sport devient un refuge dans la dépression

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L’activité sportive est le premier traitement de la dépression légère et modérée en France selon le ministère de la Santé. De nombreuses personnes atteintes de dépression y trouvent en effet un second souffle. Une manière de reprendre confiance, de créer du lien social, et de retrouver un but.

Mathieu a trouvé dans la natation un second souffle pendant sa dépression.

Quand il nage, Mathieu est dans sa bulle. La tête sous l’eau. Apaisé. Sans interactions. Sans le moindre bruit autour. Il est dans son monde. Et c’est ce qui lui fait du bien. C’est même la seule chose qui lui fait du bien, à ce moment de sa vie. “Mon quotidien ne m'intéressait plus, je n'avais plus d'objectifs, confie l’étudiant. J'ai commencé à ne plus rien ressentir. Tout me paraissait assez fade, ennuyeux, je ne pouvais plus rien faire.” 

“J'avais de nouveau le contrôle. C'était unique.”

Et face à cette période de dépression, la natation a été son second souffle, une sorte de lumière au bout du tunnel. Il a commencé à nager dans la mer, pour répondre à un besoin de reconnexion avec la nature. Puis c’est à la piscine Vallier de Marseille qu’il a trouvé un refuge. Son couloir de nage était son espace. Et ses longueurs, son moment, à lui. “Il n’y avait que moi et le bruit de l’eau dans mes oreilles, décrit-il. Ça me permettait de réfléchir, mais de manière très apaisée. Et pour une fois, j'avais le sentiment d'avoir de nouveau le contrôle sur quelque chose”

 

La natation lui a même permis de réguler son sommeil. “J’avais de grosses insomnies, et me remémorer les sensations que j'avais lorsque je nageais, cela m'aidait vraiment à m'endormir. Juste de me faire revivre ces sensations, ça me détendait.” 

 

Apaisement, confort, légèreté. Des sensations que Mathieu ne trouvait alors que dans le sport. “En sortant de la piscine, j’étais sur un nuage, c'était quelque chose d’unique et que je ne retrouvais nulle part ailleurs, affirme-t-il. C'est pour ça que j'y allais quatre à cinq fois par semaine. Parce que je voulais revivre quatre à cinq fois par semaine ce moment de bien-être.” 

 

Et comme Mathieu, nombreux sont ceux pour qui le sport est une bouée, une activité qui leur permet de se maintenir à flot. De reprendre confiance, de recréer du lien, de se défouler et d’avoir un but qui leur permet de sortir du cercle vicieux dans lequel la dépression les enferme. 

 

Izaura, ingénieure d’étude, s’est mise à la course pour fuir une pression professionnelle qui devenait intenable. “Je cherchais la douleur physique pour oublier la douleur mentale que je pouvais ressentir”, confie-t-elle. 

Elle passe alors de 2 à 6 séances de running par semaine, ce qui lui permet de retrouver un cadre de vie et une stabilité, par l’entraînement, le sommeil, et l’alimentation. “Ce rythme de vie m'a permis d'être mieux mentalement, raconte-t-elle. Je me suis focalisée sur autre chose que mes problèmes et tout le négatif s’éloignait et avait de moins en moins d'importance.” 

 

Les bienfaits de l’activité physique et sportive sur la santé mentale sont prouvés. D’une part au niveau psychologique, sur la confiance en soi ou le lien social. “Le sport est un pilier et aide dans tous les domaines, décrit Clément Luc, psychologue et spécialiste de la psychologie du sport. Il permet un meilleur contrôle de soi-même, améliore le moral et l'image qu’on se fait de soi, et développe une compétence sociale qui fait du bien.” 

Et d’autre part, l’activité physique agit concrètement au niveau neurobiologique, par sa capacité à augmenter la libération par le cerveau des hormones dites du bonheur, comme la sérotonine et la dopamine, ce qui contribue activement à l’amélioration du moral en cas de dépression. 

"Le sport n'est pas non plus une réponse à la dépression."

Mais si le sport est le premier traitement de la dépression légère et modérée selon le ministère de la Santé, il reste un traitement non-médicamenteux et ne peut pas remplacer un traitement antidépresseur, dans une dépression sévère notamment. “Le sport en tant que tel n'est pas une réponse à la dépression", précise Clément Luc. Une personne en dépression sévère est en effet souvent incapable d'avoir une activité physique, car la moindre activité paraît trop coûteuse en énergie. "C’est là que les médicaments vont permettre de faire descendre toutes les difficultés perçues par le cerveau, afin de pouvoir reprendre le sport et reprendre la main", explique le psychologue.

 

C’est d’ailleurs en complément d’un suivi psychologique et d’un traitement antidépresseur que la natation a été un élément phare permettant à Mathieu de sortir la tête de l’eau.

 

Marine Pattyn

Après une relation d'emprise et une rupture douloureuse, Diane entre dans une période de dépression. Tout devient difficile, mais elle trouve dans le taekwondo un refuge, qui lui montre qu'une autre voie s'offre à elle. Voici son témoignage, en podcast.