• Portrait

Zeinabou Ahmed : partir, but ultime

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Sur le terrain du FC Chemal, elle rêve d’ailleurs. La jeune footballeuse de l’équipe nationale de Mauritanie, aspire à une carrière à l’international. L’enjeu ? S’émanciper d’une société aux résistances culturelles et religieuses encore tenaces pour les sportives.

 

Elle crie, elle râle, elle s’indigne. Sur le terrain comme dans la vie, Zeinabou Ahmed s’impose. L’entraînement est mixte, mais elle ne s’efface pas devant les garçons. Sous un soleil de plomb, elle multiplie les passes et les dribbles. De la détermination, il en a fallu dès ses premiers pas dans le football.

 

Une passion et un combat

Elle a quatorze ans quand elle voit des filles s’entraîner en club pour la première fois. Le jour suivant, sa mère l’accompagne rencontrer le coach. Celui d’après, elle commence l’entraînement. Son premier obstacle sera son père : « Il m’a dit non, qu'il ne pouvait pas laisser sa fille jouer au foot. ». Elle s’obstine, avec le soutien indéfectible de sa mère. Il finit par l’accepter, en 2019, quand elle est appelée en équipe nationale de Mauritanie. Mais le parcours du combattant est loin d’être terminé : « Chaque fois, il y a des gens qui viennent voir ma mère pour lui dire qu'elle ne doit pas laisser sa fille jouer au foot ». Le regard fixe, elle ajoute : « Beaucoup de gens de ma famille ne m'aiment pas. Ils disent que je suis un garçon manqué ». En Mauritanie, être une femme et faire du foot relève du combat. Dans cette République Islamique, et plus particulièrement dans la communauté maure dont Zeinabou est issue, les pesanteurs culturelles sont fortes et les femmes, encore trop souvent empêchées. Alors à contre-pied des normes religieuses, elle persiste. Ses mains lissent sa queue de cheval couleur noire de jais, et dans un sourire satisfait, elle déclare « jusqu'à présent je suis en train de jouer au foot et j'aime ça ».

Un rêve, partir

Entre ses études et ses entraînements, Zeinabou s’autorise à rêver. Quitter la Mauritanie, devenir professionnelle au Maroc, au Sénégal ou en Europe, loin d’une société où sa passion dérange. Pour ça, elle s’entraîne d’arrache-pieds, pour un jour, être repérée : « Nous toutes qui sommes ici, on se tue au foot parce qu’on a le même rêve, c’est de sortir et trouver une équipe à l’étranger. » Sous les yeux de son coach, elle soigne ses passes et ses appels. Ses crampons mordent le terrain sablé du FC Chemal, elle glisse, tombe sur le sol poussiéreux et se relève. Son ambition, elle la touche du bout des doigts depuis qu’elle a intégré la sélection pour deux rassemblements : « Chaque personne qu’il y a dans le club souhaite faire partie de l’équipe nationale, parce que c’est là que les gens vont te connaître et que tu pourras trouver un club à l’extérieur ». Derrière ce souhait de faire carrière ailleurs, celui de sortir de la misère : « Les filles qui sont parties ont sorti leur famille de la pauvreté. Elles arrivent à vivre de ça. ». Dans un pays où 58% des gens vivent sous le seuil de pauvreté, pour Zeinabou l’enjeu va au-delà du foot : « Mon rêve, c'est de sortir de la Mauritanie, faire quelque chose pour ma mère, pendant qu'elle est encore en vie, parce qu'elle est fatiguée, elle a fait beaucoup de choses pour moi. » Si chez les jeunes joueuses mauritaniennes le rêve d’exil est unanime, le sien est personnel : rendre sa mère fière et la faire voyager, à son tour.